Comptabilité

Comprendre son bilan comptable au Maroc (PCGM) : guide pour dirigeants

Équipe Panthera Numbers·11 juillet 2026· 9 min

Chaque année, votre comptable vous tend un document appelé « bilan ». Vous le signez, vous le rangez, et vous n'y comprenez pas grand-chose. Pourtant, ce document raconte tout : est-ce que votre entreprise est solide ou fragile, est-ce qu'elle peut encaisser un coup dur, est-ce qu'une banque va vous suivre. Si vous dirigez une PME au Maroc et que vous avez toujours laissé votre comptable gérer le bilan sans vraiment le lire, cet article va changer ça. On va décoder ensemble le bilan comptable au Maroc, tel qu'il est présenté selon le PCGM (le Plan Comptable Général Marocain). Pas de cours théorique : on regarde à quoi ressemble un bilan, ce que chaque partie veut dire, et surtout les 5 indicateurs que tout dirigeant devrait savoir lire en trente secondes. Avec un exemple chiffré d'une petite société de Casablanca pour rendre tout ça concret.

C'est quoi le PCGM ?

Le PCGM (Plan Comptable Général Marocain) est le langage comptable officiel du pays. C'est lui qui dicte comment toute entreprise marocaine doit organiser ses comptes, présenter son bilan et son résultat. Il est encadré par le Code Général de Normalisation Comptable (CGNC) et le Conseil National de la Comptabilité (CNC). Grâce à lui, le bilan d'une société de Rabat se lit de la même manière que celui d'une société d'Agadir : tout le monde parle la même langue.

Le PCGM classe tous les comptes en grandes familles numérotées, de la classe 1 à la classe 7 (plus une classe 8 pour les résultats). Retenez surtout ceci : les classes 1 à 5 servent à construire le bilan (la photo de ce que possède et doit l'entreprise), et les classes 6 et 7 servent à construire le compte de résultat (le film de ce que l'entreprise a gagné et dépensé dans l'année).

À quoi ressemble un bilan, exactement ?

Un bilan, c'est une balance à deux plateaux qui s'équilibrent toujours. À gauche, l'actif : tout ce que l'entreprise possède. À droite, le passif : d'où vient l'argent qui a financé tout ça. Les deux côtés sont forcément égaux, parce que tout ce que vous possédez a bien fallu le financer d'une manière ou d'une autre.

Le côté gauche : l'actif (ce que vous avez)

  • L'actif immobilisé : ce qui reste longtemps dans l'entreprise — locaux, machines, véhicules, matériel informatique.
  • L'actif circulant : ce qui bouge dans l'année — stocks, factures clients pas encore payées.
  • La trésorerie-actif : l'argent disponible en banque et en caisse.

Le côté droit : le passif (d'où vient l'argent)

  • Les capitaux propres : l'argent des associés — capital de départ et bénéfices laissés dans l'entreprise.
  • Les dettes de financement : les emprunts de long terme (crédit bancaire sur plusieurs années).
  • Le passif circulant : les dettes de court terme — fournisseurs à payer, TVA, IS et CNSS à reverser.
L'image à retenir

L'actif, c'est la liste de ce que vous possédez. Le passif, c'est la facture qui explique qui a payé pour ça : vous (capitaux propres), la banque (emprunts) ou vos fournisseurs (dettes court terme).

Les 5 indicateurs que tout dirigeant doit savoir lire

Vous n'avez pas besoin de comprendre chaque ligne du bilan. Vous avez besoin de savoir lire 5 chiffres. Ce sont eux qui vous disent si votre entreprise tient debout.

1. Le Fonds de Roulement Net Global (FRNG)

C'est l'argent qui vous reste pour fonctionner après avoir financé tout ce qui est durable (locaux, machines) avec vos ressources durables (capital, emprunts long terme). Formule simple : ressources durables moins actif immobilisé. Un FRNG positif, c'est bon signe : vous avez du matelas.

2. Le Besoin en Fonds de Roulement (BFR)

C'est l'argent dont vous avez besoin pour tourner au quotidien, en attendant que vos clients vous paient. Si vos clients mettent 60 jours à régler mais que vous devez payer vos fournisseurs en 30 jours, il vous manque de la trésorerie pendant un mois : c'est ça, le BFR. Formule : actif circulant moins passif circulant.

3. La trésorerie nette

C'est le résultat des deux précédents : trésorerie nette = FRNG − BFR. Si votre matelas (FRNG) couvre votre besoin quotidien (BFR), il reste de l'argent : la trésorerie est positive. Sinon, vous êtes à découvert.

4. Le ratio d'endettement

Il compare ce que vous devez aux banques à ce que possèdent les associés. Trop de dettes par rapport aux capitaux propres, et les banques deviennent nerveuses. En général, on aime que les dettes de financement ne dépassent pas les capitaux propres.

5. Le ratio de liquidité générale

Il répond à une question simple : est-ce que ce que vous pouvez transformer en cash rapidement (actif circulant + trésorerie) couvre ce que vous devez payer à court terme (passif circulant) ? Si le rapport est supérieur à 1, vous pouvez faire face. En dessous, attention danger.

Tableau de bord
127 400
Trésorerie
84 300
CA du mois
12 400
TVA due
Panthera Numbers affiche vos indicateurs de bilan (FRNG, BFR, trésorerie nette) en temps réel, sans attendre le bilan annuel.

Un exemple concret : la SARLAU de Casablanca

Prenons « Atlas Design », une petite agence à Casablanca (chiffres fictifs mais réalistes). Voici son bilan simplifié en fin d'année.

ActifMontant (MAD)PassifMontant (MAD)
Actif immobilisé300 000Capitaux propres400 000
Stocks + clients250 000Dettes de financement150 000
Trésorerie100 000Dettes court terme (fournisseurs, fisc)100 000
Total actif650 000Total passif650 000
Bilan simplifié d'Atlas Design (SARLAU, Casablanca) — chiffres fictifs.

On calcule. FRNG = (400 000 + 150 000) − 300 000 = 250 000 MAD. Bon matelas. BFR = 250 000 − 100 000 = 150 000 MAD. Trésorerie nette = 250 000 − 150 000 = 100 000 MAD — et cela colle exactement avec la trésorerie affichée au bilan. Conclusion : Atlas Design est solide. Son matelas couvre son besoin quotidien et il lui reste 100 000 MAD de trésorerie disponible.

À retenir

Un bénéfice au compte de résultat ne veut pas dire de l'argent en banque. C'est le bilan, et surtout la trésorerie nette, qui vous dit si vous avez vraiment de quoi payer vos échéances.

Comment lire le CPC (compte de résultat) ?

À côté du bilan, il y a le CPC (Compte de Produits et Charges). Si le bilan est une photo à un instant T, le CPC est le film de l'année : combien vous avez gagné, combien vous avez dépensé, et ce qu'il reste. Il se lit en cascade : le résultat d'exploitation (votre activité de base), puis le résultat financier (intérêts, agios), puis le résultat courant, et enfin le résultat net après impôt. Regardez d'abord le résultat d'exploitation : c'est lui qui dit si votre métier, en lui-même, est rentable.

Ce que votre bilan dit aux banques marocaines

Quand vous demandez un crédit à Attijariwafa Bank, à la CIH ou à Bank of Africa, le banquier ouvre votre bilan avant même de vous écouter. Il regarde trois choses : est-ce que vos capitaux propres sont solides (l'entreprise a-t-elle du fond de commerce financier ?), est-ce que vous êtes déjà très endetté, et est-ce que votre trésorerie tient la route. Un bilan avec des capitaux propres faibles ou négatifs ferme presque toujours la porte du crédit. C'est pour ça qu'il faut surveiller ces indicateurs toute l'année, pas seulement au moment du bilan annuel.

Questions fréquentes

Les deux questions que posent le plus souvent les dirigeants sur leur bilan.

Questions fréquentes

Mon bilan doit-il être certifié par un commissaire aux comptes ?

Pas systématiquement. Pour une SARL, la nomination d'un commissaire aux comptes devient obligatoire au-delà d'un certain niveau de chiffre d'affaires (fixé à 50 millions de MAD par la loi sur les SARL). En dessous, votre bilan est établi par votre comptable et déposé, mais il n'a pas besoin d'être certifié par un commissaire aux comptes.

Quand dois-je déposer mes comptes au Registre du Commerce ?

Les comptes annuels d'une SARL doivent être déposés au greffe du tribunal (Registre du Commerce) dans les 30 jours suivant leur approbation par l'assemblée générale ordinaire. Comme l'AGO doit se tenir dans les 6 mois de la clôture, le dépôt intervient généralement dans les 7 mois suivant la fin de l'exercice.

Quelle est la différence entre le bilan PCGM et le bilan IFRS ?

Le PCGM est la norme comptable marocaine, obligatoire pour la présentation des comptes au Maroc. Les normes IFRS sont un référentiel international, souvent exigé des groupes cotés ou des PME exportatrices qui travaillent avec des partenaires étrangers. Une même entreprise peut établir ses comptes en PCGM pour l'administration marocaine et en IFRS pour ses partenaires internationaux.

Sources officielles
Lisez votre bilan sans attendre la fin de l'année

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